Mercredi 29 août 2007
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19:01
Griserie et découvertes
Chaque oiseau a son ramage à part et ses cris propres, la colombe roucoule, le pigeon caracoule, la perdrix cacabe, le corbeau croaille et coasse. On dit du coq coqueliquer, du coq d'Inde
glougloter, des poules clocloquer, craqueter, clousser, du poulet pépier ou piauler, des cailles carcailler, du geai cajoler, du rossignol gringoter, du grillon grésillonner, de l'hirondelle
gazouiller, du milan huir, du jars jargonner, des grues craquer ou trompetter, du pinson frigoter, babiller, du hibou huer, de la cigale claqueter, des huppes pupuler, des merles siffler, des
perroquets et des pies causer, des tourterelles gémir, du paon on dit qu'il a la tête de serpent, la queue d'un ange, la voix du diable ; de l'alouette tirelirer, Adieu Dieu, Dieu Adieu. De façon
que les uns crient, les autres chantent ou gémissent, pleurent, caquettent, effrayent et en cent mille façons de ramages ; le moineau dit : pilleri.
(Etienne Binet,
Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices — pièce très nécessaire à tous ceux qui font profession d'éloquence)
Par Zolurne
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Mardi 28 août 2007
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18:49
Toujours en lutte
Mais contre quoi ?
Elle-même ne le sait pas.
Quelque chose
Qui fouille l'espace
Et se nourrit
De la lumière.
N'importe où elle marche
C'est son sentier.
(Eugène Guillevic,
Elle)
Par Zolurne
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Lundi 27 août 2007
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18:46
Yin sans Yang, vert et blanc
Guitare d'un mardi gras,
Un portrait entre dans la carafe ;
Bâille et tu entendras
La tempête de ton coeur !
La fille de l'ogre t'a donné
Pour seul souvenir un cheveu,
Tu le conserves dans un bonnet
Le temps passe et tu es malheureux.
(Georges Schéhadé,
L'Écolier sultan)
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Dimanche 26 août 2007
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18:45
Rock around the stage
La tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Espérance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs
Ave
On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane
(Guillaume Apollinaire,
Alcools)
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Samedi 25 août 2007
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18:44
Rare et précieux, aux mille regards.
Un mot est mort quand il est dit
Disent certains -
Moi je dis qu'il commence à vivre
De ce jour-là
(Emily Dickinson)
.
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Vendredi 24 août 2007
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18:43
C'est la famine !
De la fenêtre présente et invisible
je voyais tous mes amis
se partageant ma vie
en lambeaux
ils rongeaient jusqu’aux os
et ne voulant pas perdre un si beau morceau
se disputaient la carcasse
(Laure,
Écrits de Laure)
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Jeudi 23 août 2007
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16:30
Détournement...
Nous éprouvions toute la force des images. Nous avions perdu le pouvoir de les manier. Nous étions devenus leur domaine, leur monture.
(Louis Aragon, Une vague de rêves)
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Mercredi 22 août 2007
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17:24
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.
(Arthur Rimbaud,
Illuminations)
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Mardi 21 août 2007
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17:22
Cette fameuse question d'intentité.
Elle s'allongea sur le lit, s'étira pour atteindre un interrupteur. Les lumières firent jaillir des centaines de signes calligraphiés sur les murs, le plafond.
— C'est moi qui les fabrique. Une petite structure de fer torsadé pour les pieds, la baïonnette et l'ampoule, puis je tends de vieux parchemins tout autour... Quand on allume, c'est magique, la
texture du papier et les écritures emberlificotées sont projetées dans l'espace...
— Je croyais que vous étiez étudiante...
Léa Bargane se troubla de manière imperceptible.
— Je le suis toujours. Je prépare un diplôme d'études approfondies sur l'histoire de l'historiographie moderne... Cela me laisse des loisirs.
Le Poulpe ne voulut pas rester en reste et montra sa science.
— C'est vrai qu'on ne peut pas passer ses journées à lire et annoter les
Annales de Lucien Lefebvre... C'est clair...
Il se dirigea vers la porte de l'appartement en attendant qu'elle corrige le nom du fondateur des
Annales, Lucien Febvre, mais la rectification ne vint pas.
(Didier Daeninckx,
Le Poulpe — Éthique en toc)
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Lundi 20 août 2007
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16:42
Deux ans derrière la meule.
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos
Il m’amuse d’élire avec le seul génie
Une ruine, par mille écumes bénie
Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.
Coure le froid avec ses silences de faux,
Je n’y hululerai pas de vide nénie
Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie
À tout site l’honneur du paysage faux.
Ma faim qui d’aucuns fruits ici ne se régale
Trouve dans leur docte manque une saveur égale :
Qu’un éclate de chair humain et parfumant !
Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne,
Je pense plus longtemps peut-être éperdument
À l’autre, au sein brûlé d’une antique Amazone.
(Stéphane Mallarmé)
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Dimanche 19 août 2007
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17:30
Un joli petit noeud sur un long passé.
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Samedi 18 août 2007
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Comme une feuille de papier.
Ce qui passait là dans le ciel, c'était ce nuage unique, à jamais insaisissable, qui ce jour-là avait lentement survolé le paysage tel un dirigeable sans pesanteur, suivi des yeux par des gens
aujourd'hui disparus. Mais la photo avait fait de ce nuage unique tous les nuages à la fois, ces édifices anonymes qui avaient toujours existé, qui étaient là avant l'homme, qui s'étaient
fait une place dans les poèmes et les proverbes, ces fugitifs corps célestes que d'ordinaire nous percevons sans les voir, jusqu'au jour où un photographe vient conférer à ce phénomène, le plus
éphémère qui soit, une permanence paradoxale, nous contraignant à faire réflexion qu'un monde sans nuages est impensable et que chaque nuage, où et à quelque moment qu'il apparaisse, résume en
lui tous les nuages que nous avons jamais vus et que nous verrons jamais.
(Cees Nooteboom, Le Jour des Morts)
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Vendredi 17 août 2007
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Chercher la lanterne.
Puisque cette « mélancolie », c'est celle, évidemment, de la perspective, dont l'Occident a toujours compris qu'elle le portait à substituer au lieu comme on le vivait jadis, au lieu
bruissant, signifiant, sacré, l'espace géométrique, l'extériorité, le néant.
(Yves Bonnefoy, Le Nuage rouge)
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Jeudi 16 août 2007
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19:30
Jute et poussière, canards et lumière
Prague est la ville où l'on donne rendez-vous à l'illogique. Deux êtres se retrouvent sur le pont Charles. Ils ne se cherchent pas, ils sont tous deux en train de chercher quelque chose qu'ils
ont perdu. Ils ne trouvent pas ce dont ils portent le deuil, mais ils se retrouvent face à face. Ils se disent que ce qu'ils ont perdu est toujours là, seulement ils ne le voient pas, parce
qu'ils ont été habitués à voir les choses selon le vieil ordre établi. Ils ont été habitués à voir les oiseaux dans le ciel, les mots dans un livre, des rêves dans la nuit. Un jour, ils se sont
aperçus que les oiseaux ont déserté le ciel et que les nuits sont pleines de cauchemars. Ensemble ils vont jeter le poids de leur perte dans le fleuve. Il ne coule pas au fond de l'eau, il
flotte. Ils le regardent dériver. Et soudain, leur regard change. Ils ne voient plus des oiseaux dans le ciel, des mots bien alignés dans une page, des rêves pelotonnés dans le sommeil. Ils
voient des mots qui filent à tire-d'aile dans la nuit, comme des oiseaux de papier qui se sont arrachés des gluaux de l'évidence et volent au loin, vers l'aube, pour picorer la pomme rouge du
soleil.
(Linda Lê, Personne)
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Mercredi 15 août 2007
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19:30
Plieras-tu ?!
Pourquoi la physique, par exemple, parle-t-elle de trois couleurs fondamentales ? Nul ne peut nier l'importance du rouge. Mille preuves témoignent de son rôle élémentaire. On pourrait objecter
contre le jaune que dans le spectre il est voisin du vert. Mais le vert qui résulte, soi-disant, du mélange du jaune avec une couleur que l'on ne peut nommer, doit être considéré avec
circonspection, bien qu'il ait la réputation d'être bon pour les yeux. Inversons les faits ! Une couleur qui a sur l'oeil un effet bienfaisant ne peut être constituée par des composantes dont l'une
est l'élément le plus destructeur, le plus hideux, le plus absurde que l'on puisse imaginer. Le vert ne renferme pas de bleu. Disons paisiblement le mot. Ce n'est vraiment qu'un mot, rien de plus,
pas autre chose et surtout pas une couleur fondamentale. Il est évident que le spectre cache quelque part un secret, un élément qui nous est inconnu et qui, à côté du jaune, joue son rôle dans la
création du vert. Ce devrait être la tâche des physiciens de le découvrir. Ils ont des choses plus importantes à faire. Chaque jour, ils inondent le monde de rayons nouveaux, provenant tous du
spectre invisible. Pour les énigmes que pose notre lumière réelle, ils ont trouvé une solution élégante. La troisième couleur fondamentale qui nous manque, que nous connaissons par ses effets et
dont nous ignorons la nature est, à ce qu'ils prétendent, le bleu. On prend un mot, on l'associe à une énigme et l'énigme est résolue. Pour que nul ne perce à jour la tromperie, on choisit un mot
inconvenant, frappé d'interdit ; on conçoit que les gens éprouvent une grande crainte à soumettre ce mot à un examen microscopique. Il sent mauvais, se disent-ils, et font un grand détour pour
éviter tout ce qui se rapproche du bleu. Les hommes sont lâches. Là où il s'agit de prendre une décision, ils aiment mieux délibérer vingt fois, peut-être l'éviteront-ils à force de mensonges.
C'est ainsi que l'on a cru jusqu'à nos jours plus fermement à l'existence d'une couleur chimérique que l'on ne croit en Dieu. Il n'y a pas de bleu, le bleu est une invention des physiciens. Si le
bleu existait, les cheveux d'un assassin typique seraient de cette couleur. Comment s'appelle le concierge ? S'appelle-t-il le « Chat Bleu » ? bien au contraire : « le Chat Rouge » !
(Elias Canetti, Auto-da-fé)
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Mardi 14 août 2007
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Comme une photo en couleurs
Le Soleil à long traits ardents
Y donne encore de la grâce
Et tâche à se mirer dedans
Comme on ferait dans une glace
Mais les flots de vert émaillés
Qui semblent des Jaspes taillés
S’entredérobent son visage
Et par de petit tremblements
Font voir au lieu de son image
Mille pointes de diamants
(Tristan L'Hermite, La Mer)
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Lundi 13 août 2007
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Un tambour, pour commencer.
La victoire sur soi-même : elle se passe de vos acclamations. Une action qui dédaigne tous les gestes désordonnés, qui refuse de se perdre dans les orages de la poussière et les remuements de dunes
; une action qui s'en tient à l'essence de nous-même, aux soins de la racine, à la culture profonde de notre vigne, à la santé du cep, voilà, mon fils, l'acte qui compte. Le seul orgueil d'en avoir
fini avec toutes les ambitions vaines, et d'être le feu qui fait oraison à la lumière. Se conquérir sans cesse, pour atteindre à la connaissance suprême dans le suprême amour. Et, dans le rien de
tout, faire porter à ce néant la fleur d'un sourire qui ne doit pas se flétrir, voilà des conquêtes.
(André Suarès,
Voyage du Condottière)
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Dimanche 12 août 2007
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La « réalité » est aux doigts de cette femme qui souffle à la première page des dictionnaires.
(André Breton)
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Samedi 11 août 2007
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Caillou plat bondissant sur le bief
L’espoir luit comme un brin de paille
Comme une étincelle d’or sur les neiges d’antan
Comme les voiles au loin descendant vers Harfleur
Jusqu'à l’autre océan où la splendeur éclate.
L’espoir luit comme cette eau courante
Qui baigne les mains silencieuses
Traçant de lentes lignes claires.
(Jean-Michel Maulpoix, Une salve d'avenir)
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Vendredi 10 août 2007
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19:30
Et la nuit.
tout le jour
j'ai lutté.
Frappé les mots, froissé
les mots
dans leurs jointures.
Qu'ils résistent, qu'ils
cèdent,
je reste seul.
Je
recule
jusqu'au silence.
tout le jour,
sans jamais savoir.
Sans
voir plus loin.
(Claude Esteban, Le nom et la demeure)
Par Zolurne
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