Samedi 28 mai 2005 6 28 /05 /Mai /2005 00:00
Qu'ils se la gardent, leur poésie ! L'alcool et la cigarette sont tellement plus aimables.


Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !

(Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal)
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Vendredi 27 mai 2005 5 27 /05 /Mai /2005 00:00

J'aime le son du cor, le soir, dans la grappa.

 

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Jeudi 26 mai 2005 4 26 /05 /Mai /2005 00:00

Chenilles vertes, herbe pelucheuse et satyres puants.


Il me faut l'enfant.
...
Mais que vais-je penser ? Où est ma tête.  Cette petite bête humaine, puis-je l'attirer de la sorte ? Faire agir les Mots, le Ton juste, la Musique peut-être ? Ai-je le droit de l'asservir ?
Je l'aime, je le sens ; c'est une chose tiède et dure, délicate et terrible, insoumise et fidèle. 
C'est mon âme. C'est l'âme des hommes. Mais que sais-je, moi, de l'âme des hommes, de mon âme ?
...
Il est venu.
Si je l'avais attiré par les Charmes, il aurait perdu cette dignité. Les Charmes l'auraient dominé. Plus tard, il n'en eût pas été le maître. (On ne perd sa liberté qu'une fois, mais pour toujours.)
Il est venu.

(Henri Bosco, L'Âne Culotte)

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Mercredi 25 mai 2005 3 25 /05 /Mai /2005 00:00

Ne pas oublier les chatouilles !


Créer à l'intérieur de moi un état, une politique, des partis, des révolutions ; et que je sois tout cela, que je sois Dieu dans le panthéisme réel de ce peuple-moi, l'essence et l'action de ses corps, de ses âmes, de la terre qu'ils foulent et des actes qu'ils commettent.  Être tout, eux et non-eux.  Pauvre de moi !  Voilà encore un rêve que je ne peux réaliser.

(Fernando Pessoa, Fragments d'un voyage immobile)

 

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Mardi 24 mai 2005 2 24 /05 /Mai /2005 00:00

Pas de Pierre.


S'il faut aller au cimetière
J'prendrai le chemin le plus long
J'ferai la tombe buissonnière
J'quitterai la vie à reculons
Tant pis si les croqu'-morts me grondent
Tant pis s'ils me croient fou à lier
Je veux partir pour l'autre monde
Par le chemin des écoliers

(Georges Brassens, Le testament)

 

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Lundi 23 mai 2005 1 23 /05 /Mai /2005 00:00

Il suffit de changer de pH,
C'est tout de suite l'aventure.


Là je revêts l'arbre dont le nom change de feuilles, désormais une place dans le fort du coeur parmi les cercles de l'aubier... le vent dont je suis ivre sans que le pied me bouge... ô l'idée que je me fais des concentrations de passereaux, l'idée à rendre par les fruits ! Tout instant me déchaînera, je pense à des crépitades printanières à des crises de résine à des folies d'akènes... chaque nuage épluché... je veille au grain, ma mémoire sent sa première pluie. On m'ausculte, ainsi le pivert. Certains respirent dans mon armure de lichen. Au creux de moi repose l'oiseau de nuit à trois paupières. -- Au point du jour, les larmes de l'aiguail. Par brume, un décousu de rêves comme les filandres... -- Et autant de planches d'appel que de branches : je délègue des ailes ! Je passe de verdoyance à mordorure en me jouant. S'il y a un nouveau monde, c'est celui-là et je ne suis, bonheur vertical, pas autre chose ! l'arbre ! l'arbre ! hors de la terre, et ses tons de quête...

(Henri Pichette, Épiphanies)

 

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Dimanche 22 mai 2005 7 22 /05 /Mai /2005 00:00

La Troisième République et le moteur à explosion !


Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

(Arthur Rimbaud, Poésies)

 

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Samedi 21 mai 2005 6 21 /05 /Mai /2005 00:00

Des bouquettes pour chapeaux...


A l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s'en vont dans le soir
Un très beau soir d'automne
Hélas quand ils arrivent
C'est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le cœur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L'autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C'est moi qui vous le dis
ça noircit le blanc de l'œil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C'est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l'été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C'est un très joli soir
Un joli soir d'été
Et les deux escargots
S'en retournent chez eux
Ils s'en vont très émus
Ils s'en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un p'tit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

(Jacques Prévert, Paroles)

 

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Vendredi 20 mai 2005 5 20 /05 /Mai /2005 00:00
Et si la maison partait un jour sur un nuage ?


Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton ;
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison
Plus de fleurs au jardin,
Plus d'arbres dans l'allée ;
La serre des voisins
Semble s'être envolée.
Et je ne sais vraiment
Où peut s'être posé
Le moineau que j'entends
Si tristement crier.

(Maurice Carême)
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Jeudi 19 mai 2005 4 19 /05 /Mai /2005 00:00

Ma seule ancre.


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

(Victor Hugo, Les Contemplations)

 

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Mercredi 18 mai 2005 3 18 /05 /Mai /2005 00:00

Qu'est-ce que tu entends par « tempérament artiste » ?


Ils disent des mots qui leur restent au coin des yeux ;
Ils suivent une route où les maisons leur sont fermées ;
Ils allument parfois une lampe dont la clarté les met en pleurs ;
Ils ne se sont jamais comptés, ils sont trop !
Ils sont l'équivalent des livres dont la clé fut perdue.

(René Char, Fureur et mystère)

 

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Mardi 17 mai 2005 2 17 /05 /Mai /2005 00:00

Un vieux caillou dans ma chaussure.


Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vespree
Les plis de sa robe pourpree,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las, las, ses beautez laisse cheoir !
O vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez cueillez vostre jeunesse:
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

(Ronsard, A Cassandre)

 
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Lundi 16 mai 2005 1 16 /05 /Mai /2005 00:00

Orage sous toit orange, cafard et peau de banane.


On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh ! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très-ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux ! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure.

(Lautréamont, Les Chants de Maldoror)

 

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Dimanche 15 mai 2005 7 15 /05 /Mai /2005 00:00

La mort rouge vif et translucide, tournoyant follement au soleil.


- Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les millions et les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux quand il les regarde. Il se dit: « Ma fleur est là quelque part... » Mais si le mouton mange la fleur, c'est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s'éteignaient ! Et ce n'est pas important ça !

(Saint-Exupéry, Le Petit Prince)

 
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Samedi 14 mai 2005 6 14 /05 /Mai /2005 00:00

Tout dans les livres, rien dans la maison.


Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.

(Apollinaire, Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée)

 

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Vendredi 13 mai 2005 5 13 /05 /Mai /2005 00:00

Au hasard de la mémoire : Balthazar et ses moutons, l'étoile à guetter, et la Petite Sirène en guise de destin.


Ver luisant, tu luis à minuit,
Tu t'allumes sous les étoiles
Et, quand tout dort, tu t'introduis
Dans la lune et ronges sa moelle.

La lune, nid des vers luisants,
Dans le ciel continue sa route.
Elle sème sur les enfants,
Sur tous les beaux enfants dormant,
Rêve sur rêve, goutte à goutte.

(R. Desnos, Chantefables et Chantefleurs)

 

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