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Vendredi 2 novembre 2007
Humumer


[...]
Oui, c'est l'automne incantatoire et permanent
Sans thermomètre, embaumant mers et continents,
Étangs aveugles, lacs ophtalmiques, fontaines
De Léthé, cendres d'air, déserts de porcelaine,
Oasis, solfatares, cratères éteints,

Arctiques sierras, cataractes l'air en zinc,
Hauts-plateaux crayeux, carrières abandonnées,
Nécropoles moins vieilles que leurs graminées,
Et des dolmens par caravanes, — et tout très
Ravi d'avoir fait son temps, de rêver au frais.
[...]

(Jules Laforgue, L'Imitation de N.D. la Lune)
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Jeudi 1 novembre 2007
Ironie dans le coin jaune de l'échiquier.
 
 
Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.
 
Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
 
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé ;
Personne encore ne s'en doute ;
N'y touchez pas, il est brisé.
 
Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit ;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;
 
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n'y touchez pas.
 
(René-François Sully Prudhomme, Stances et poèmes)
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Mercredi 31 octobre 2007
Ci-gît...


César a fermé la paupière ;
Au jour doit succéder la nuit ;
Que s'éteigne toute lumière,
Que s'évanouisse tout bruit.

À travers ces arcades sombres,
Enfants aux folles passions,
Disparaissez comme des ombres,
Fuyez comme des visions.

Allez, que le caprice emporte
Chaque âme selon son désir,
Et que, close après vous, la porte
Ne se rouvre plus qu'au plaisir.

(Gérard de Nerval, Odelettes)
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Lundi 29 octobre 2007
XXX


C'est à cause du clair de la lune
Que j'assume ce masque nocturne
Et de Saturne penchant son urne
Et de ces lunes l'une après l'une.
[...]

(Paul Verlaine, Parallèlement)
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Mercredi 24 octobre 2007
Au nord, il y avait le néon.


Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l'insecte qui posé sur quelque brin d'herbe flotte au gré d'un fleuve. Parti de la Grèce, j'arrivais à Rome et traversais l'étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d'un mot ? sans doute il a reçu diverses impressions des événements auxquels il a servi ; selon les lieux, il a réveillé des idées différentes ; mais n'est-il pas plus grand encore à considérer sous le triple aspect de l'âme, du corps et du mouvement ?

(Louis Lambert, Honoré de Balzac)
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Dimanche 21 octobre 2007
Je t'en ficherai, moi, des étiquettes !


ÉTIQUETTTE :
Petit écriteau que l'on met sur des sacs d'argent, des marchandises, etc. Nous rapportons, sans la discuter, l'étymologie que l'on donne de ce mot. Autrefois les procédures s'écrivaient en latin et l'on mettait sur le sac qui les contenait ces trois mots : est hic questio, ici est la question entre un tel et un tel. Souvent on écrivait, par abréviation : est hic quest., et des praticiens ignorants finirent par mettre étiquet, étiquette. De là le nom d'étiquette donné ensuite à une marque distinctive.

(Pierre Larousse, La Comtesse de Pimbêche)
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Samedi 20 octobre 2007
C'est moi qui l'avais amené là
un jour où l'eau et l'osier ne suffisaient pas
un jour où j'avais une promesse à tenir
Il a échappé à mon troisième pas.
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Vendredi 19 octobre 2007

string2.jpg

 

 

As kingfishers catch fire, dragonflies dráw fláme;
As tumbled over rim in roundy wells
Stones ring; like each tucked string tells, each hung bell’s
Bow swung finds tongue to fling out broad its name;
Each mortal thing does one thing and the same:
Deals out that being indoors each one dwells;
Selves—goes itself; myself it speaks and spells,
Crying Whát I do is me: for that I came.
[...]

(Gerard Manley Hopkins, Poems)

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Jeudi 18 octobre 2007
Premier oeil, dernier regard


voici la cigarette
fumée vers huit heures
la trentième cigarette
grosse toux
voici le cendrier qui déborde d'heures
la marseillaise résonne sur un trombone à coulisse
voici la cellule de prosper
voici la cigarette suivante
fumée deux minutes plus tard
le cendrier est plein
voici
la suivante et puis l'autre
les rois mages sont en retard
montand chante chante

(Antonio Martínez Sarrión, Théâtre des opérations)
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Mercredi 17 octobre 2007
Bien avant l'image.
 

aveugles.jpg



the faces are raised
as toward the light
there is no detail extraneous

 
to the composition one
follows the others stick in
hand triumphant to disaster.
 

(William Carlos Williams, Pictures from Brueghel & other poems)
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Mardi 16 octobre 2007
Pschhitt !


je marche simplement, je traverse le vide, le vide me saoule, le vide est une poignée de main, une poignée de terre, une poignée de froment, une poignée de cris. Le vide est beau, le vide accompagne nos silences et nos absences, le vide lit les plus beaux poèmes du monde, le vide n'a pas froid aux yeux, le vide se promène sur le bord de la fenêtre, le vide hausse les épaules, le vide entre dans le mot vide, le vide éprouve un sentiment de malaise, de peur, de solitude. Le vide vient de découvrir l'existence du mot vide, le vide connaît enfin son nom

(Gaspard Hons, Le Jardin des morts heureux)
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Lundi 15 octobre 2007
Trois petits tours dans un carré.


Tout nu, Agostino se mit à se promener sur ce sable moelleux et miroitant, s'amusant à y enfoncer les pieds avec force et à voir l'eau venir tout de suite noyer ses empreintes. Il éprouvait maintenant un désir vague et désespéré de s'éloigner de la rivière, de suivre la côte en laissant derrière lui les gamins, Saro, sa mère, toute son ancienne vie. À force de marcher droit devant lui sur le sable blanc et doux, peut-être arriverait-il dans un pays où toutes ces vilaines choses n'existaient pas ? Dans un pays où il serait accueilli comme le souhaitait son coeur, où il lui serait possible d'oublier tout ce qu'il venait d'apprendre et de le réapprendre après, sans en être blessé ni honteux, d'une façon douce et naturelle qui devait exister, qui était celle qu'obscurément il avait désirée. Il regardait la brume qui, à l'horizon, enveloppait les confins de la mer, de la plage, de la terre sauvage et il se sentait attiré par cette immensité comme par la seule chose qui aurait pu le libérer de sa servitude présente.

(Alberto Moravia, Agostino)
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Dimanche 14 octobre 2007
Tapis devenu vert au bout du voyage.


Il croisa les deux pans de sa robe de chambre à ramages, posa ses pieds sur un tabouret, coula ses mains dans les goussets de son pantalon de cachemire rouge et se renversa dans une délicieuse bergère à oreilles dont le siège et le dossier décrivaient l'angle confortable de cent vingt degrés. Il ne prit plus de thé et resta immobile, les yeux attachés sur la main dorée qui couronnait sa pelle, sans voir ni main, ni pelle, ni dorure. Il ne tisonna même pas. Faute immense ! N'est-ce pas un plaisir bien vif que de tracasser le feu quand on pense aux femmes ? Notre esprit prête des phrases aux petites langues bleues qui se dégagent soudain et babillent dans le foyer. On interprète le langage puissant et brusque d'un bourguignon.
À ce mot, arrêtons-nous et plaçons ici pour les ignorants une explication due à un étymologiste très distingué qui a désiré garder l'anonyme. Bourguignon est le nom populaire et symbolique donné, depuis le règne de Charles VI, à ces détonations bruyantes dont l'effet est d'envoyer sur un tapis ou sur une robe un petit charbon, léger principe d'incendie. Le feu dégage, dit-on, un bulle d'air qu'un ver rongeur a laissée dans le coeur du bois. Inde amor, inde burgundus. L'on tremble en voyant rouler comme une avalanche le charbon qu'on avait si industrieusement essayé de poser entre deux bûches flamboyantes. Oh ! tisonner quand on aime, n'est-ce pas développer matériellement sa pensée ?

(Honoré de Balzac, Étude de femme)
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Samedi 13 octobre 2007
Un peu d'eau renversée en noir et blanc.

temp--te.jpg

C'était comme si votre adrénaline montait en regardant le tableau. L'agitation et le chaos étaient très contagieux. Je ne me rappelle pas ce tableau comme de la couleur. De l'action, pas de la couleur.
C'est un tableau très vert, mais aussi très doré. Je ne me rappelle pas pourquoi au milieu de cette grosse tempête il est aussi doré. La peinture semble imprégnée de cette lumière dorée.
La lumière sur les gens était surprenante. Elle les faisait ressortir sur le noir de la tempête. Il y avait cette éblouissante concentration de lumière vers le point dangereux avec des jaunes, des verts et des bleus au centre de l'agitation.

(Sophie Calle, Disparitions)
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Jeudi 13 septembre 2007
Terrain sûr, terrain d'aventure


Sans nous douter, nous sommes habités de tropismes et de répugnances invincibles, qui n'ont aucune valeur réfléchie mais ont toute puissance cachée — qui sont, le plus souvent, impossibles à reconnaître car le souvenir en est aboli cependant que les liaisons irrationnelles qu'ils ont créées demeurent latentes et prêtes à faire ce qu'elles peuvent faire, sans se déclarer.

(Paul Valéry, Cahiers)
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Mercredi 12 septembre 2007
Soleil qui chante fait trembler les ombres. 

(Paul Eluard et Benjamin Péret, 152 proverbes mis au goût du jour)
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Mardi 11 septembre 2007
Plus le temps


Mueck.jpg



Il n'y a guère que la nudité qui me passionne, mais elle est encore trop habillée. Difficile de faire comprendre à une femme déshabillée qu'elle n'est pas encore assez nue.

(Georges Perros, Papiers collés 3)

 

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Vendredi 7 septembre 2007
Entre attente et oubli


En voyage mineur
je ne vais jamais loin
je n'emporte qu'un livre
je ne change pas d'heure
ni même de chemise
et je passe la nuit
à rêver que je bouge
et je passe mon tour
s'il est question de plaire

Je randonne de proche en proche
Pour valises j'ai mes poches
où sont mes clés
et ce bonheur qui me questionne
« si c'était là ta voie, ton voyage, ta vie
ce roman entrouvert sur les genoux de qui ? »

(Karel Logist, Si tu me disais viens)
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Vendredi 31 août 2007
Une bonne occasion pour mettre à jour la liste des liens.
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Jeudi 30 août 2007
À coup de pourquoi


L’ombre essaie de ressembler
À celui qu’elle accompagne,
Mais c’est toujours à refaire,
Toujours à recommencer.
Métier d’ombre, métier d’ombre,
C’est un vrai métier de chien,
On s’échine, se déchire,
Se fatigue, se détruit.
Métier d’ombre, route d’ombre,
La vie est dure à gagner.

Si contente était mon ombre
De marcher au bord de mer.
Mais quand je plonge dans l’eau
Elle est perdue aussitôt,
Elle se débat et pleure
Comme un enfant égaré.
Reviens, reviens sur le sable,
Me crie mon ombre fidèle,
Reviens vite à mes côtés,
Ne me laisse jamais seule.

Elle est plus faible que moi,
Elle se perd en chemin,
Elle s’accroche aux buissons
Perdant ses flocons de laine,
Et s’écorche les genoux,
Et se noie dans les ruisseaux
Grelottant le soir venu,
Redoutant les nuages gris,
Métier d’ombre, chemin d’ombre,
Mon ombre est bien fatiguée.

(Claude Roy, Poésies)
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