Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /Avr /2007 20:27

Un petit quelque chose et des moutons.



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Cendres de vieilles lettres avec des fragments d'écritures qui apparaissent encore çà et là ; on distingue « toute ma vie », « depuis la dernière fois », « j'attendrai » ; il devait y en avoir plus de cent, mais au moindre souffle cela se disperse, vole, s'échappe à travers la chambre, la fenêtre ouverte, et va rejoindre les rouleaux de la bibliothèsque d'Alexandrie, nuages.

(Michel Butor, Anthologie nomade)

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Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /Avr /2007 15:28
Toujours en chemin


Où finit le voyage ? En quel endroit de menace et de terreur
En quelle douceur de bras blancs et sourires
Dans quelle région où l'arbre aussi prend peur
Dans quel accomplissement souple de nature ?

Dans quelle éternité s'avancer en mémoire
Quel pardon s'accorder à soi-même blessé
Quel silence éprouver éternel effrayé
Et quel jugement dur après tant d'illusoires ?

Pierre Jean Jouve, Mélodrame)
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 15:00
Cave rose sous le foyer


Oui, j'ai aimé ces réunions, la nuit,
Les verres glacés sur la petite table,
Le café noir et son parfum subtil,
La lourde chaleur du foyer en hiver,
L'agressive gaieté d'un bon mot d'écrivain
Et ce premier regard, désemparé, sinistre.

(Anna Akhmatova, Troupe blanche)
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Dimanche 1 avril 2007 7 01 /04 /Avr /2007 18:15

Il était une fois
Un poisson fa.
Il aurait pu être poisson-scie,
Ou raie,
Ou sole,
Ou tout simplement poisson d'eau,

Ou même un poisson un peu là,
Non, non, il était poisson fa :
Un poisson fa,
Voilà.

Il n'avait même pas de dièse,
Et d'ailleurs s'en trouvait fort aise;
"C'est un truc, disait-il,
A laisser à l'écart,
Après, pour l'enlever,
Il vous faut un bécarre,
Et un bécarre,
C'est une chaise
Qui a un air penché et pas de pieds derrière;
Alors, très peu pour moi,
Autant m'asseoir par terre,
Non, non, non, non, non, non, non,
Pas de dièse.

Quoi vous avez le front de trouver cela beau,
Un dièse qui vous suit partout comme un cabot ?
Comme il disait ces mots, passait sur le trottoir
Un cabot très truité, qu'il avait vu trop tard,
Et qui avait ouï la fin de la harangue

"Ut ! dit Fa in petto."
J'ai mal tenu ma langue
Ça pourrait me coûter poisson !
C'est comme ça qu'on dit en langage poisson,
On ne dit jamais : cher, on dit toujours : "poisson"

"Je crois bien que j'ai mis la queue
dans la saucière"
Encore une expression de ce langage-là
Qu'on emploie au lieu de : mis les pieds
dans le plat"
Mais le cabot hautain, passait sans sourciller.
Cependant, quand il fut passé plus qu'à moitié,
D'un grand coup de sa queue,
Il te souffle ta Fa-a-a-
Et Fa, assez froissé, parti cahin, cahin, caha :

"ll s'en allait soigner son dépit de poisson
Au débit de boisson"
Il était une fois
Un poisson FA.

(Boby Lapointe, Le Poisson fa)

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Samedi 31 mars 2007 6 31 /03 /Mars /2007 14:37
Blanc comme bandelettes


Propriétaire je suis moi aussi
j'ai douze arpents de silence blanc
tout au fond du cerveau.

(Kenneth White, Un Monde ouvert)
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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 16:59

Les doigts dans l'herbe.




Léger, léger, très léger,
Un vent très léger vient de passer,
Puis s'en va, toujours très léger.
Et moi je ne sais pas ce que je pense
Et ne cherche pas à le savoir.

(Alberto Caeiro, Poèmes païens)

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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 14:20

Délit de fuite


Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à dire
et que le rien que nous nous disons
continuellement
nous nous le disons
comme si nous ne nous disions rien
comme si personne ne nous disait
même pas nous
que nous n'avons rien à dire
personne
à qui pouvoir le dire
même pas à nous

Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à faire
et que nous ne faisons rien d'autre
continuellement
ce qui est une façon de dire
que nous ne faisons rien
une façon de ne rien faire
et de dire ce que nous faisons

Personne à qui pouvoir dire
que nous ne faisons rien
que nous ne faisons
que ce que nous disons
c'est-à-dire rien

(Ghérasim Luca, Paralipomènes)

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Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /Mars /2007 16:46
Des cellules de souris provenant d'une souris.


Pour finir, j'ai fini ou peu s'en manque, mon tableau, et nous avons impatience de te voir nous faire cette fameuse Saint-Sylvestre, que c'est ton tour cette année de nous en régaler chez toi. En attendant, conserve-toi la bonne disposition de ton estomac en parfaite santé qui te sera nécessaire pour digérer les susdits pâtés et autres confitures susnommées de la Saint-Sylvestre. Excuse la bassesse imprévue de langue française que je te témoigne dans cette lettre que ma plume te trace ici de ma main pour croire à la prudence inaltérable avec laquelle mon coeur ne cessera de battre jusqu'à la mort pour tes vertus de tout ton être, dont je te prie en toute persuasion de me croire capable.

(Eugène Delacroix, Lettres intimes)
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 23:54
Un cadeau parfait.


Il aimait la pénombre que developpe le thé dans son monde chaud et liquide.
Et les couleurs que la petite feuille roulée déploie en filaments dans l'eau avant de s'y mêler.
Et le déchet rougeâtre et à certains égards automnal qui vient peu à peu gésir au fond du bol de porcelaine.

(Pascal Quignard, Les Ombres errantes)
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Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /Mars /2007 16:14

Cet hivernage de la pensée occupée d'un seul être que l'absence s'efforce de placer à mi-longueur du factice et du surnaturel.

Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.

(René Char, Lettera amorosa)

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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /Mars /2007 20:43
En route pour de nouvelles aventures.


un éclat de tuile advenue douce...un tesson arrondi par les fourmis illimitées de la mer...une pierre laiteuse ternie par un film de sel... nous prenons plus vite notre propre forme ronde sous le temps... sous le monde cahoté caillouteux les abaques de l'écume les chambardements des dunes

le sable vous approche...la lumière vous approche...l'eau vous caresse vous laisse on tend vers des formes moins rudes...l'harmonie dans les grains de temps (pieuvres glissent) (de petites chutes pluvieuses) l'oxygène les plantes participent (on s'abrège en bruissements) opaque fragment par fragment cosse ouverte...d'où roulent

on voulait se recouvrir...doucement d'une paupière...devenir grumeau...dans la pierre...genou d'un tertre avec bouquetins et cassis...rien ne serait plus dent

rien sifflerait...(rien cris rien zigzag rondes rondissantes sous les constellations semoules...(cantons d'épaisse laine...toits...toits...toits de rave ronde

(Jacques Roubaud, )
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Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /Mars /2007 21:39

Première rencontre en vrai.

 

Le livret attribue à Murillo un Aveugle chantant et jouant de la vielle, d'une ignoble et effroyable vérité. Sans contredit cette figure est d'un artiste espagnol et de l'école de Séville ; mais Murillo, dans sa première manière, a un coloris plus sombre, et ses derniers ouvrages sont exempts de la sécheresse qu'on remarque dans ce tableau. Il conviendrait mieux, ce me semble, à Velasquez, qui à son début, s'essaya dans les sujets vulgaires, et qui alors était loin d'annoncer ce pinceau gracieux et suave qu'il acquit à la fin de sa carrière.

(Prosper Mérimée, Notes d'un voyage dans l'ouest de la France)

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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 15:01

Coupable sommeil



   Demain, à sept heures, il se produira un événement étrange : la terre se posera sur la lune. Le célèbre chimiste anglais Wellington parle, lui aussi, de cela.
   J'avoue que je ressentis une inquiétude cruelle, lorsque je me représentai l'extrême délicatesse et la fragilité de la lune. La lune, d'ordinaire, se fabrique à Hambourg, et fort mal... Je m'étonne que l'Angleterre ne fasse pas attention à cela. C'est un tonnelier bancal qui la fait, et l'on voit bien que cet imbécile n'a aucune idée de la lune. Il y a mis un cordage goudronné et de l'huile de bois ; c'est de là que provient sur toute la terre cette puanteur terrible qui nous oblige à nous boucher le nez. C'est pour cela aussi que la lune est une sphère si délicate que les hommes ne peuvent y vivre et que maintenant elle est habitée uniquement par des nez. Voilà pourquoi nous ne pouvons apercevoir notre propre nez, car tous les nez sont dans la lune.
   Et lorsque j'imaginai que la terre est une substance lourde et qu'en s'asseyant sur la lune elle risquait d'écraser nos nez en poussière, une inquiétude telle me saisit qu'ayant mis mes bas et mes souliers, je me précipitai dans la salle du Conseil d'État pour donner l'ordre à la police d'empêcher la terre de s'asseoir sur la lune.

(Nicolas Gogol, Journal d'un fou)

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Dimanche 25 février 2007 7 25 /02 /Fév /2007 23:44
Calice noir et rebelle, minable dans son réceptacle vert.


Et à propos de parapluie, Sibylle, tu te rappelles le vieux pépin que nous avons jeté dans un ravin du parc Montsouris par une soirée glaciale de mars ? Nous l'avons jeté là parce que nous l'avions trouvé place de la Concorde, déjà un peu déchiré, et tu t'en étais beaucoup servie, surtout pour l'enfoncer dans les côtes des gens dans l'autobus ou dans le métro, toujours distraite et maladroite, bayant aux corneilles ou à ce petit dessin que faisaient deux mouches au plafond de la voiture, et cet après-midi-là il y eut un orage et tu voulus ouvrir fièrement ton parapluie quand nous sommes entrés dans le parc, alors ta main a déclenché un cataclysme d'éclairs glacés et de nuages noirs, de lambeaux d'étoffes déchirées et de tiges arrachées, et nous riions comme des fous en nous faisant tremper, puis nous avons pensé qu'un parapluie trouvé sur une place devait mourir dignement dans un parc, il ne pouvait entrer dans le cycle ignoble de la poubelle ou du ruisseau ; alors je l'ai refermé de mon mieux, nous l'avons emporté jusqu'en haut du jardin près du petit pont sur le chemin de fer et je l'ai lancé de toutes mes forces au fond du ravin mouillé tandis que tu poussais une imprécation de valkyrie. Et il s'est enfoncé dans le creux du ravin comme un bateau qui succombe à l'eau verte et orageuse, à la mer qui est plus félonesse en été qu'en hiver, à la vague perfide, selon des citations que nous poursuivîmes longuement, tous les deux amoureux de Joinville et du parc, enlacés et pareils à des arbres mouillés ou à des acteurs de cinéma d'un très mauvais film hongrois. Il reposait dans l'herbe, tout petit et noir, comme un insecte écrasé. Et il ne bougeait plus, aucun de ses ressorts de s'étirait plus comme avant. Fichu. Fini. Ô Sibylle ! et nous n'étions pas contents.

(Julio Cortazar, Marelle)
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Samedi 24 février 2007 6 24 /02 /Fév /2007 05:30
Je vis un cheval pâle...


Le grand ciel noir était plus pâle que ces jambes,
avec l'obscurité il ne pouvait se fondre.
C'était le soir où près de notre feu
un cheval noir apparut à nos yeux.

Je n'ai pas de souvenir de noir plus sombre.
Plus noires que charbon étaient ses jambes.
Il était noir comme la nuit, comme le vide.
Il était noir de la crinière au fouet.
Mais c'est d'un autre noir, déjà, qu'était
son dos qui ignorait la selle.
Il restait sans bouger. Endormi, semblait-il.
Et la noirceur de ses sabots était terrible.

Il était noir, inaccessible à l'ombre.
Si noir, qu'il ne pouvait être plus sombre.
Aussi noir que l'est la nuit noire à minuit.
Aussi noir que l'est le dedans d'une aiguille.
Aussi noir que sont les futaies les plus hautes.
Comme dans la poitrine l'espace entre les côtes.
Comme le trou sous terre où se cache le grain.
À l'intérieur de nous c'est noir, je le crois bien.

Et pourtant oui, il devenait plus sombre !
Il n'était que minuit à notre montre.
Il était là, sans s'avancer d'un pas.
Sous son ventre régnaient des ténèbres insondables.
Son dos déjà disparaissait.
Plus rien de clair ne restait.
Ses yeux luisaient en blanc, comme une chiquenaude.
Sa prunelle en était plus effrayante encore.

Il était comme un négatif.
Pourquoi avait-il donc, suspendant son pas vif,
décidé de rester parmi nous si longtemps ?
Sans s'éloigner de notre feu de camp ?
Pourquoi respirait-il cet air si noir,
faisant craquer les branches sous son poids ?
Pourquoi ce rayon noir qu'il faisait ruisseler ?

Parmi nous tous, il se cherchait un cavalier.

(Joseph Brodsky)
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Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /Fév /2007 22:56
Faut-il une attente avant la surprise ?


Il s'efforçait depuis quelques jours d'être heureux des nuages qu'il amoncelait sur sa toile au-dessus d'un chemin de pierres. Mais qu'est-ce que la beauté quand on sait que l'on va partir ? Demain le bateau va le conduire vers une autre île. Il ne reviendra plus dans celle-ci, il ne reverra plus ce chemin.

Il trembla d'angoisse, soudain, et laissa tomber son pinceau dont un peu de l'ocre sombre, presque du rouge, éclaboussa le bas de la toile. Ah ! quelle joie !

Chateaubriand au bord du Jourdain après le long voyage, que peut-il faire sinon emplir une fiole de l'eau du fleuve ? Il écrit sur une étiquette : eau du Jourdain.

Tache, épiphanie de ce qui n'a pas de forme, pas de sens, tu es le don imprévu que j'emporte jalousement, laissant inachevée la vaine peinture. Tu vas m'illuminer, tu me sauves.

N'es-tu pas de ce lieu et de cet instant un fragment réel, une parcelle de l'or, là où je ne prétendais qu'au reflet qui trahit, au souvenir qui déchire ? J'ai arraché un lambeau à la robe qui a échappé comme un rêve aux doigts crispés de l'enfance.

(Yves Bonnefoy, La Vie errante)
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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /Fév /2007 20:34
Ne s'attendre à rien et faire lever la fureur.


Je voulais vivre comme
les fourmis, dans la terre et mangeant
la terre, opaque et sans
futur, et même là je voulais
vivre aussi comme un ange qui passerait
par-dessus tout le poids
du jour, sans hâte, sans désir
et j'étais l'ange
et les fourmis, absurde
et lumineux et noir.

(Claude Esteban)
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Mercredi 21 février 2007 3 21 /02 /Fév /2007 19:43
Bien...


Un matin comme les autres,
l'avoine coupée d'hier,
le verger jonché de prunes.

Le ruisseau ne cesse guère
de s'en aller sous la brume.

Un nuage à l'horizon,
l'agneau que sa mère oublie,
le pic-épeiche et son cri.

La grande herbe se balance
depuis les débuts du monde.

(Jean Grosjean)
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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /Fév /2007 19:37

On peut toujours rêver.


Il est des villes dans lesquelles on ne revient jamais.
Le soleil s'y cogne aux fenêtres comme à des miroirs sans défaut.
Et donc on n'y pénètre pas, pour tout l'or du monde.
Là-bas toujours coule une rivière sous six ponts.
Là-bas sont des lieux où la bouche se collait
à l'autre bouche, et la plume aux feuillets.
Là-bas, arcades, colonnades, monstres de bronze font trembler le regard ;
Là-bas, la foule parle, assiégeant le tramway,
la langue de celui qui est parti.


(Joseph Brodsky)

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Dimanche 18 février 2007 7 18 /02 /Fév /2007 23:19

En attente de colle blanche.

C'est une chaise qui a créé le monde : au commencement, il n'y avait que des chaises. Elles s'ennuyaient. Faisons-nous un homme, dit une chaise, un homme qui posera son séant sur notre siège, qui s'appuiera contre nos dossiers, qui nous changera de place, qui nous polira, nous cirera, nous caressera. Cette chaise-là pensa l'homme si fortement que l'homme fut. Et l'homme, enfant de la chaise, vit de plus en plus assis.

(Norge, Les Cerveaux brûlés)

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