Mauvaise pente
Cet indivdu était seul.
Il marchait comme un fou
il parlait aux pavés
souriait aux fenêtres
pleurait en dedans de lui-même
et sans répondre aux questions
il se heurtait aux gens, semblait ne pas les voir.
Nous l'avons arrêté.
(Jean Tardieu,
Histoires obscures)
par Zolurne
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C'est le bouquet !
Va jusqu'au bout de tes erreurs, au moins de quelques-unes, de façon à en bien pouvoir observer le type. Sinon, t'arrêtant à mi-chemin, tu iras toujours aveuglément reprenant le même genre
d'erreurs, de bout en bout de ta vie, ce que certains appelleront ta « destinée ». L'ennemi qui est ta structure, force-le à se découvrir. Si tu n'as pas pu gauchir ta destinée, tu n'auras été
qu'un appartement à louer.
(Henri Michaux, Poteaux d'angle)
.
par Zolurne
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Entre deux
Je suis la croix où tu t'endors
Le chemin creux qui pluie implore
Je suis ton ombre lapidée
Je suis ta nuit et ton silence
Oublié dans ma souvenance
Ton rendez-vous contremandé
Le mendiant devant ta porte
Qui se morfond que tu ne sortes
Et peut mourir s'il est tardé
Et je demeure comme meurt
A ton oreille une rumeur
Le miroir de toi défardé
Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés
Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées
(Louis Aragon, Le Fou d'Elsa)
par Zolurne
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Danse dans la vapeur des voisins du dessous
S'aimèrent dur sous la lune
— Fers, aciers, métaux —
Pas de roses, pas de prunes
En ce pays sans défaut.
S'aimèrent dur, belle houille
Avec tes grains dans la peau.
Pas de lis, pas de citrouille :
Fers, aciers, métaux.
C'était riche et c'était beau,
Cette lune sur l'usine
Le gamin et la gamine,
Les seins contre la poitrine
— Fers, aciers, métaux —
Tout allait bien. Dieu sommeille
Et la guerre est en repos.
Belle amour encor plus belle,
Ô saisons industrielles,
Parmi vos grand végétaux :
Charbons aux fortes prunelles,
Fers, aciers, métaux,
Poutrelles
(Norge,
Les Râpes)
par Zolurne
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je te, aussi
Je me vermine
je me métaphysique
je me termite
je m'albumine
je me métamorphose
je me métempsycose
je me dilapide
je n'en aurai jamais fini
je me reprends
je me dévore
je me sournoise
je me cloaque et m'analyse
je me de de
je m'altruise
je deviens mon alter ego
je me cache sous les couvertures
je transpire l'angoisse
je vais crever madame la marquise
(Achille Chavée,
Le Grand Cardiaque)
par Zolurne
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Magnésium et pied de coq
J'ai toujours faim de ce lieu
Qui nous était un miroir
Des fruits voûtés dans son eau,
De sa lumière qui sauve,
Et je graverai dans la pierre
En souvenir qu'il brilla
Un cercle, ce feu désert.
Au-dessus le ciel est rapide
Comme au voeu la pierre est fermée,
Que cherchions-nous ? Rien peut-être,
Une passion n'est qu'un rêve,
Ses mains ne demandent pas.
Et de qui aima une image,
Le regard a beau désirer,
La voix demeure brisée,
La parole est pleine de cendres.
(Yves Bonnefoy,
La Vie errante)
par Zolurne
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Bas les masques
depuis longtemps nous n'étions plus que l'âme du miroir
où s'inversait l'image poursuivie
mais le tain même s'effrita
qui nous faisait encore différents
où étaient nôtre vôtre leur
et le simple pouvoir
de se carrer au milieu de sa forme
la nudité conquise
ce n'était que le vent terrifiant du hasard
(Bernard Noël,
La Face de silence)
par Zolurne
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Elle possédait un miroir magique, don d’une fée, qui répondait à toutes les questions. Chaque matin, tandis que la reine se coiffait, elle lui demandait :
– Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle.
Et, invariablement, le miroir répondait :
– En cherchant à la ronde, dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi.
nti_bug_fck
par Zolurne
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Léopoldine à la petite semaine.
Le goût salubre du secret et de ses belles intolérances. Le secret ne s'est jamais retiré de l'être. Qu'il soit traqué par l'Inquisition ou pourchassé par la psychanalyse, il se reforme en quelque
point, au fond d'une chambre obscure et verrouillée, et là, précisément là, un jour éclatera le tumulte et le tocsin.
(Georges Henein)
par Zolurne
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Ce tableau reproduit quatre figures qui nous donnent la sensation de géants vêtus d'étoffes très lourdes. La table à laquelle sont assis trois de ces géants ne représente qu'une toute petite chose
dont le dessus aurait pu tenir trois fois plus de place, si l'homme en manteau ou en blouse se levait... Ainsi les éléments spatiaux font défaut dans cette oeuvre à cause du tressage des
différences spatiales colorées de la perspective aérienne. Il résulte de là que cette oeuvre possède une sensation plane sur la surface plane de laquelle tous les objets possèdent une réalisation
picturale identique, laquelle, à cause de sa propre force, n'est pas recouverte spatialement avec des gradations de lumière comme nous le voyons chez les impressionnistes.
(Casimir Malévitch)
par Zolurne
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Pas question d'oublier l'absence !
Placé en tête-à-tête avec un texte, le même déclic intérieur qui joue en nous, sans règle et sans raisons, à la rencontre d’un être va se produire en lui : il «aime» ou il «n’aime pas», il est, ou
il n’est pas,
à son affaire, il éprouve, ou n’éprouve pas, au fil des pages ce sentiment de légèreté, de liberté délestée et pourtant happée à mesure, qu’on pourrait comparer à la
sensation du
stayer aspiré dans le remous de son entraîneur ; et en effet, dans le cas d’une conjonction heureuse, on peut dire que le lecteur
colle à l’œuvre, vient combler de
seconde en seconde la capacité exacte du moule d’air creusé par sa rapidité vorace, forme avec elle au vent égal des pages tournées ce bloc de vitesse huilée et sans défaillance dont le souvenir,
lorsque la dernière page est venue brutalement «couper les gaz», nous laisse étourdis, un peu vacillants sur notre lancée, comme en proie à un début de nausée et à cette sensation si particulière
des «jambes de coton». Quiconque a lu un livre de cette manière y tient par un lien fort, une sorte d’adhérence, et quelque chose comme le vague sentiment d’avoir été miraculé : au cours d’une
conversation chacun saura reconnaître chez l’autre, ne fût-ce qu’à une inflexion de voix particulière, ce sentiment lorsqu’il s’exprime, avec parfois les mêmes détours et la même pudeur que l’amour
: si une certaine résonance se rencontre, on dirait que se touchent deux fils électrisés.
(Julien Gracq,
La Littérature à l'estomac)
par Zolurne
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Gennaio
Janvier
Januari
Januar
Januar
Januar
Január
Ianouarios
January
Janeiro
Tammikuu
Sijecanj
par Zolurne
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Vérification nocturne et sanitaire
(... cette palpitation qui, à grands coups de coude, m'écartèle ; ce ventre qui bouillonne, mon coeur qui s'arrête, en haut, me transperçant d'une aiguille froide ; des coups sourds qui montent du
milieu et se déchargent sur mes tempes, mes bras, mes cuisses ; j'aspire l'air, haletant ; le bouche ne suffit pas, le nez ne suffit pas ; l'air m'arrive par petites gorgées, m'emplit, s'arrête,
m'étouffe, pour repartir ensuite en bouffée sèches, me laissant oppressé, brisé, vide ; puis c'est l'effort suprême pour gonfler le thorax, douloureusement, rester au-dessus de moi-même, comme
suspendu à moi-même, jusqu'à ce que le coeur, d'un tour glacé, lâche mes côtes pour me frapper de face, sous la poitrine ; maîtriser ce sanglot qui n'éclate pas ; respirer ensuite, en y pensant ;
appuyer sur l'air accumulé ; ouvrir vers le haut ; appuyer maintenant ; plus lentement : un, deux, un, deux...
(Alejo Carpentier,
Chasse à l'homme)
par Zolurne
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Taire l'effroi pour n'avoir pas à en parler.
Plus les livres sont difficiles, plus il faut traiter la soi-disant résistance qu'ils opposent à notre lecture par le mépris. C'est ainsi que, refusant enfin de me laisser intimider, j'ai fini
par lire le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. Puis, chemin faisant, j'en suis arrivé à penser que comprendre Wittgenstein relevait de la création littéraire. On invente
toujours plus ou moins ce qu'on lit. En ce qui concerne Wittgenstein, il est sûr que, pour l'essentiel, ce sont ses lecteurs qui composent son livre. Et si c'était à cette impression-là qu'on
devait de se dire qu'on se trouve en présence de l'oeuvre d'un génie ?
(Jérome Peignot, Puzzle II)
par Zolurne
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Maudite analogie !
Soudain Lucia se dresse sur sa couche et pousse un cri. Des silhouettes de brume, voiles, lambeaux gris et blancs agitant leurs visages et leurs mains, rampent, glissent, frôlent la vitre de la
voiture. Elle sent la main de la femme caresser la sienne et découvre un visage qui voit les mêmes choses qu'elle mais sourit.
« Qu'est-ce que c'est ?
— Ce sont les rêves d'autres gens. » Elle rit.
« Tiens, dit-elle, voilà ce que c'est », et avec une agilité surprenante elle se lève , sort, frotte ses mains sur les feuilles pour les humecter et se les passe sur le visage. Lucia suit des
yeux les guirlandes qui s'enroulent autour des arbres et, à son tour, promène ses mains dans l'herbe.
« Ils regagnent leur maison et nous abandonnent leur eau », dit la femme clown en riant.
(Cees Nooteboom, Les Montagnes des Pays-Bas)
par Zolurne
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C'était donc ça.
— « Il me semble, Monsieur, que ce que vous appelez acte libre, ce serait, d'après vous, un acte ne dépendant de rien ; suivez-moi : détachable — remarquez ma progression : supprimable, — et ma
conclusion : sans valeur. Rattachez-vous à tout, Monsieur, et ne demandez pas la contingence ; d'abord vous ne l'obtiendriez pas — et puis : à quoi cela vous servirait-il ? »
Je ne dis rien, par habitude ; quand un philosophe vous répond, on ne comprend plus du tout ce qu'on lui avait demandé.
(André Gide,
Paludes)
par Zolurne
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Juste en face
Il y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids
Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.
(Georges Schéhadé,
Les Poésies)
par Zolurne
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Du saut d'une puce
L'horizon s'incline
....................Les jours sont plus longs
....................Voyage
..........Un coeur saute dans une cage
....................Un oiseau chante
....................Il va mourir
Une autre porte va s'ouvrir
..........Au fond du couloir
....................Où s'allume
....................Une étoile
Une femme brune
..........La lanterne du train qui part
(Pierre Reverdy,
Plupart du temps)
par Zolurne
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